Six sociétés éditrices, une seule fait des bénéfices
Tour d'horizon des six sociétés qui éditent ou portent La Tribune, Challenges, Les Échos, L'Opinion, L'Agefi et Investir. Une seule gagne de l'argent. Et elle vient d'être absorbée par celui qui possède déjà tous les autres.
LA NEWSLETTER
Ton récap éco-finance (quasi) quotidien, sans prise de tête.
Gratuit · zéro spam · désinscription en un clic
Le paysage tel qu'il apparaît ici (exercice 2024) n'est déjà plus celui de 2026. UFIPAR (filiale LVMH) était entrée à 40% chez Challenges dès mai 2021, aux côtés de Claude Perdriel ; LVMH a racheté le contrôle complet le 30 décembre 2025. Dans la même période, entrée à 25% chez Bey Médias (L'Opinion + L'Agefi) en 2023, puis rachat complet en mai 2025. Seule La Tribune, dans le giron de CMA CGM depuis 2023, échappe encore au groupe d'Arnault. Pour l'exercice 2024 dont nous affichons les comptes, Bey Médias était encore majoritairement détenue par Nicolas Beytout (38%).
La Tribune
Challenges
Investir
L'Agefi
L'Opinion
Les Échos
Comparatif détaillé
| Société éditrice | Titre | Actionnaire | CA dernier exercice | Résultat net | Aides presse 2024 | Statut |
|---|---|---|---|---|---|---|
| La Tribune Nouvelle | La Tribune | CMA CGM | 16,26M€ (2024) | -11,08M€ | 0€ | Éditeur |
| Éditions Croque Futur | Challenges + Sciences et Avenir + La Recherche + Historia | Perdriel + UFIPAR/LVMH 40% (mai 2021) → LVMH 100% (déc 2025) | 27,92M€ (2024) | -6,09M€ | 1 006 655€ | Éditeur |
| SA Investir Publications | Investir | LVMH | 20,30M€ (2024) | -5,48M€ | non trouvé dans liste 2024 | Éditeur |
| Agence Éco. et Financière Agefi | L'Agefi | Bey Médias → LVMH 100% (mai 2025) | 14,69M€ (2023) | +315K€ (2024) | 120K€ (Actifs + Hebdo 2023) | Éditeur |
| Bey Médias SAS | L'Opinion (via BMPI) | Bey Médias → LVMH 100% (mai 2025) | ~8,4M€ (Opinion 2024) | -4,50M€ | 1 672 021€ | Holding |
| Les Echos SAS / Groupe Les Échos SA | Les Échos | LVMH | 93,8M€ (éditeur 2017) 4,77M€ (holding 2022) |
-6,65M€ (éditeur 2017) -31,23M€ (holding 2022) |
2 020 000€ | Éditeur + holding |
Sur les six sociétés qui éditent ou portent les principaux titres économiques français, une seule fait des bénéfices. L'Agefi, 14M€ de chiffre d'affaires, un résultat net positif chaque année depuis au moins 2017 (+315K€ en 2024, +234K€ en 2023, +586K€ en 2022). Discrète, spécialisée, stable. Les cinq autres perdent entre 4,5 et 11 millions d'euros chaque année, sans que la taille, le positionnement ou le propriétaire ne modifie fondamentalement cette équation.
Investir, autre société rentable du panel il y a trois ans, a basculé dans le rouge en 2023 et s'effondre en 2024 à -5,48M€. La coïncidence calendaire avec l'intensification du contrôle LVMH sur la rédaction est parfaite. Entre une société rentable et une société massivement déficitaire, il y a vingt-quatre mois et un changement de gouvernance.
Deuxième bascule troublante, même année, même timing : Bey Médias SAS. La holding qui porte L'Opinion et L'Agefi perd de l'argent depuis au moins 2018, mais à un rythme stable d'environ -2M€ par an pendant cinq ans (2018 : -1,66M€ / 2019 : -2,05M€ / 2021 : -1,86M€ / 2022 : -1,84M€). En 2023, le chiffre bondit à -4,18M€, et s'installe à ce niveau en 2024 (-4,50M€). La date du doublement coïncide exactement avec l'entrée de LVMH à 25% du capital. Deux millions de pertes annuelles supplémentaires qui ressemblent à des frais financiers d'intégration : intérêts sur obligations souscrites, honoraires de conseil, charges de restructuration.
L'opacité est la règle. Les Échos, Le Parisien, L'Opinion : les comptes du titre lui-même ne sont pas publiquement accessibles. Bey Médias Presse & Internet (éditeur direct de L'Opinion) affiche une perte modeste de -110K€ en 2024, tandis que la holding absorbe -4,5M€ de frais financiers et de dépréciations. Ce qu'on peut lire publiquement ne permet pas de juger si chaque journal est viable en exploitation pure.
Dernière observation, la plus structurante : en 2025, LVMH a finalisé les rachats complets de Bey Médias et des Éditions Croque Futur, titres dans lesquels il était déjà minoritaire depuis des années (UFIPAR 40% chez Croque Futur dès mai 2021, LVMH 25% chez Bey Médias depuis 2023). Rachat 100% de Bey Médias (L'Opinion + L'Agefi) en mai 2025, puis rachat 100% de Croque Futur (Challenges + Sciences et Avenir + La Recherche + Historia) le 30 décembre 2025. Additionnés à ses possessions antérieures (Les Échos, Le Parisien, Paris Match, Investir, Radio Classique), la concentration est désormais quasi-totale. Hors La Tribune, devenue propriété CMA CGM en 2023, la presse qui couvre l'économie française est la propriété d'un seul homme. Bernard Arnault, 84 ans, première fortune de France, dont le groupe fait 84,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Structure de contrôle Bey Médias. En 2024, le capital de Bey Médias SAS était réparti entre Nicolas Beytout (38%, majoritaire), LVMH (25%, minoritaire), la holding Thétys de la famille Bettencourt, l'Américain Ken Fisher et Rupert Murdoch. Les négociations avec Daniel Kretinsky (CMI France, 49% envisagés) ont échoué en juin 2024. LVMH a racheté la totalité de Bey Médias en mai 2025. Bey Médias SAS détient Bey Médias Presse & Internet (éditeur direct de L'Opinion) et l'Agefi, acquise en 2019 au groupe Artémis (famille Pinault). L'ensemble est en intégration fiscale depuis le 1er janvier 2021.
Méthode. Les données présentées concernent les sociétés juridiques, pas les titres. Certaines sociétés sont des holdings (Bey Médias SAS, Groupe Les Échos SA) dont les comptes reflètent les opérations de portefeuille et de consolidation plus que l'activité éditoriale du journal qu'elles contrôlent. Le CA et les pertes des holdings ne peuvent pas être directement comparés aux CA et pertes des éditeurs directs. L'Agefi est présentée à la fois aux comptes 2023 (CA, Pappers) et 2024 (résultat net, annexes légales Bey Médias). Les aides à la presse 2024 sont celles attribuées au titre principal de chaque éditeur.
Avertissement. Le chiffre de « 26,8M€ de pertes cumulées » additionne les résultats nets 2024 (Tribune -11,08M€ + Croque Futur -6,09M€ + Investir -5,48M€ + Bey Médias SAS -4,50M€ + Agefi +0,315M€), soit -26,83M€. Il exclut la dépréciation exceptionnelle de Groupe Les Échos SA (2022, -31,23M€) qui n'est pas une perte d'exploitation récurrente.
LA NEWSLETTER
Ton récap éco-finance (quasi) quotidien, sans prise de tête.
Gratuit · zéro spam · désinscription en un clic